"L'intérieur caché métamorphosera complètement l'extérieur apparent."
Saint Grégoire de Nysse
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9.4.19

L'obsolescence de l'Homme ?

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel

ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »

Günther Anders, "L’Obsolescence de l’Homme", 1956

18.4.12

Le vrai héros d'Intouchables interpelle les français.

Le vrai héros du film "Intouchables", Philippe Pozzo di Borgo,  interpelle les français dans une interview débordante de sagesse. On ne peut s'empêcher de penser à la phrase que Dieu dit à Saint Paul "Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse." (2 Cor, 12, 9)

 

18.7.11

La petite Espérance (Charles Péguy)


« Car les trois vertus, dit Dieu,
Les trois vertus de mes créatures,
Mes filles, mes enfants,
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures,
De la race des hommes.

La Foi est une épouse fidèle,
La Charité est une mère,
une mère ardente, pleine de coeur.
Ou soeur ainée qui est comme une mère.
L’Esperance est une petite fille de rien du tout,
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. (…)
Cette petite fille de rien du tout,
Elle seule, portant les autres, traversera les mondes révolus.(…)
Elle seule conduira les vertus et les Mondes. (…)

C’est elle, cette petite, qui entraine tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est,
et elle, elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est,
Et elle, elle aime ce qui sera. »

Extrait de Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Pléiade, p.173-178.

22.2.11

La Trinité dites-vous ? (C.S.LEWIS)

"Toutes sortes de personnes se plaisent à répéter l'affirmation chrétienne selon laquelle "Dieu est amour". Toutefois elles ne semblent pas remarquer que les mots "Dieu est amour" ne présentent pas de signification réelle si Dieu ne contient pas au moins deux Personnes. L'amour est quelquechose qu'une personne a pour une autre personne."

C.S. LEWIS 
(Mere Christianity, IV, 4, Londres, Fount, Harper Collins Publishers, 1977, p.148)


Clive Staples Lewis, plus connu sous le nom de C. S. Lewis, né à Belfast le 29 novembre 1898 et mort à Oxford le 22 novembre 1963, est un écrivain et universitaire irlandais. Il est connu pour ses travaux sur la littérature médiévale, ses ouvrages de critique littéraire et d'apologétique du christianisme, ainsi que pour la série des Chroniques de Narnia parues entre 1950 et 1957.


28.11.10

La victoire de l'éternité (G.Thibon)

"Rappelle-toi quel fut le commencement de notre amour" chantait le troubadour. Parce que nous sommes tombés des cimes, parce que nous rampons parmi les misères et les vanités, allons-nous céder à l'instinct plébéien, au ressentiment égalitaire qui consiste à ravaler au niveau du quotidien les heures privilégiées ? Ce reniement n'est pas un sacrilège, c'est une absurdité. Notre plus haut devoir est de rester fidèle à la joie évanouie, à la perfection entrevue et disparue dans un éclair, non pas en essayant des les reproduire artificiellement dans le temps, mais en les plaçant au fond de notre âme, hors des atteintes du temps.

Car la durée n'est ni la mesure ni le tombeau de notre joie et de notre amour, elle en est l'épreuve. 

Cette subversion de la nature humaine, que nous appelons le péché originel, fait de la plénitude de l'âme un état exceptionnel et passager qui tient du rêve et du miracle, mais, derrière la tâche originelle, veille une pureté plus originelle encore et, si nous sommes pêcheurs dans la conception charnelle, dans la conception divine, nous sommes Dieu. Fort de cette assurance indestructible, nous sommes tenus d'affirmer que le feu à raison contre la cendre, le vin contre la lie, la plénitude contre le vide et l'éternité contre le temps. 

Gustave Thibon (1903-2001)


Gustave Thibon (2 septembre 1903 à Saint-Marcel-d'Ardèche, France - 19 janvier 2001) est un philosophe français.

7.9.10

Prier comme Jésus (Raïssa Maritain)

"Quand Jésus se retirait dans la solitude pour prier, c'était sans doute, d'abord et principalement, pour prier sans paroles.

Mais Jésus priait aussi de bouche comme de coeur. Il a prié à haute voix le jour des Rameaux, il a prié à haute voix dans sa grande prière sacerdotale, à la Cène, il a prié à haute voix au jardin des Oliviers, il a prié à haute voix sur la croix. Et sa prière vocale de tous les jours, n'est-ce pas celle là même qu'il nous à enseignée à dire avec lui, après lui? Le Pater (Notre Père) n'est pas seulement la prière que Jésus nous a apprise, c'est la prière de Jésus lui-même.

Les grands souhaits contenus dans les trois premières demandes, avec quelle tendresse et quel désir il devait les prononcer! C'étaient ses voeux à lui qu'il offrait à son Père, pour le nom de son Père, pour le royaume de son Père, pour la volonté de son Père; c'étaient ses voeux à lui, avant d'être ceux que, comme chef de l'humanité, il offrait au nom de ses frères."

Raïssa Maritain

Raïssa Maritain (1883-1960), née Raïssa Oumançoff, était l'épouse de Jacques Maritain. En tant que telle, elle a été avec lui, pendant plus d'un demi-siècle, au centre d'un cénacle d'intellectuels catholiques français. Son livre de souvenirs, Les Grandes Amitiés, en relate la chronique. Ce livre a obtenu le prix du Renouveau français.

30.7.10

L'ami (A. de Saint Exupéry)

L'ami d'abord c'est celui qui ne juge point.

Je te l'ai dit, c'est celui qui ouvre sa porte au chemineau, à sa béquille, à son bâton déposé dans un coin et ne lui demande point de danser pour juger sa danse. Et si le chemineau raconte le Printemps sur la route du dehors, l'ami est celui qui reçoit en lui le Printemps. Et s'il raconte l'horreur de la famine dans le village d'où il vient, souffre avec lui la famine. Car je te l'ai dit, l'ami dans l'homme c'est la part qui est pour toi et qui ouvre pour toi une porte qu'il n'ouvre peut-être jamais ailleurs. Et ton ami est vrai et tout ce qu'il dit est véritable. Et l'ami dans le temple, celui que, grâce à Dieu, je coudoie et rencontre, c'est celui qui tourne vers moi le même visage que le mien, éclairé par le même Dieu, car alors l'unité est faite, même si ailleurs, il est boutiquier quand je suis capitaine, ou jardinier quand je suis marin sur la mer. Au dessus de nos divisions, je l'ai trouvé et suis son ami.
Et je puis me taire près de lui, c'est-à-dire n'en rien craindre pour mes jardins intérieurs et mes montagnes et mes ravins et mes déserts, car il n'y promènera point ses chaussures. Toi, mon ami, ce que tu reçois de moi avec amour c'est comme l'ambassadeur de mon empire intérieur. Et tu le traites bien et tu le fais s'asseoir et tu l'écoutes. Et nous voilà heureux.

Mais où m'as-tu vu, quand je recevais des ambassadeurs, les tenir à l'écart ou les refuser parce qu'au fond de leur empire, à mille jours de marche du mien, on s'alimente de mets qui ne me plaisent point ou parce que leurs mœurs ne sont point miennes. L'amitié c'est d'abord la trêve et la grande circulation de l'esprit au dessus des détails vulgaires. Et je ne sais rien reprocher à celui qui trône à ma table.
Car sache que l'hospitalité, la courtoisie et l'amitié sont rencontres de l'homme dans l'homme. Qu'irais-je faire dans le temple d'un dieu qui discuterait sur la taille ou l'embonpoint de ses fidèles, ou dans la maison d'un ami qui n'accepterait point mes béquilles et prétendrait me faire danser pour me juger.
Tu rencontreras bien assez de juges de par le monde. S'il s'agit de te pétrir autre et de te durcir laisse ce travail à tes ennemis. Ils s'en chargeront bien, comme la tempête qui sculpte le cèdre. Ton ami est fait pour t'accueillir. 

Sache de Dieu, quand tu viens dans son Temple, qu'il ne te juge point, mais te reçoit.

Antoine de Saint-Exupéry (Citadelle)

Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry[, né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944, Mort pour la France, est un écrivain, poète et aviateur français.

15.4.10

Le déclin du courage (A. Soljénitsyne)

Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljénitsyne, prix Nobel de littérature (1970) à Harvard le 8 juin 1978. Il condamne alors les deux systèmes économiques : le communisme et le capitalisme. Il dénonce surtout la chute spirituelle de la civilisation. (C'est un peu long, mais cela vaut vraiment le coup. C'est brillant de lucidité.)

"Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l'occasion du 327ème anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d'aujourd'hui contient une part de vérité ; je vous l'apporte en ami, non en adversaire.

Il y a trois ans, aux Etats-Unis, j'ai été amené à dire des choses que l'on a rejeté, qui ont paru inacceptables. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui acquiescent à mes propos d'alors.(...)

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu'à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d'un accès subit de vaillance et d'intransigeance, à l'égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l'Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?

Quand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l'homme, et que la vie de l'homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d'Indépendance.)Aujourd'hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s'est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu'il a cours depuis ces mêmes décennies.

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d'avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l'Ouest les marques de l'inquiétude et même de la dépression, bien qu'il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n'ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.

L'indépendance de l'individu à l'égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n'auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d'élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l'épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l'argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

Même la biologie nous enseigne qu'un haut degré de confort n'est pas bon pour l'organisme. Aujourd'hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.

La société occidentale s'est choisie l'organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j'appellerais légaliste. Les limites des droits de l'homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l'Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l'aide d'un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu'un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n'en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n'entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu'aux extrêmes limites des cadres légaux.

J'ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu'une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n'allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s'en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l'homme.

Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d'une structure sociale légaliste.

Aujourd'hui la société occidentale nous révèle qu'il règne une inégalité entre la liberté d'accomplir de bonnes actions et la liberté d'en accomplir de mauvaises. Un homme d'Etat qui veut accomplir quelque chose d'éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n'a aucune chance de s'imposer : d'emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.

Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l'Ouest, de défendre non pas temps les droits de l'homme que ses devoirs.

D'un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s'est vue accorder un espace sans limite. Il s'avère que la société n'a plus que des défenses infimes à opposer à l'abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d'horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu'ont ces mêmes enfants de ne pas regarder er de refuser ces spectacles. L'organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (...)

L'évolution s'est faite progressivement, mais il semble qu'elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l'homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu'il importe d'amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n'a pas disparu à l'Ouest, alors même que les meilleurs conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. (...)

La presse, aussi, bien sûr, jouit de la plus grande liberté. Mais pour quel usage ? (...) Quelle responsabilité s'exerce sur le journaliste, ou sur un journal, à l'encontre de son lectorat, ou de l'histoire ? S'ils ont trompé l'opinion publique en divulguant des informations erronées, ou de fausses conclusions, si même ils ont contribué à ce que des fautes soient commises au plus haut degré de l'Etat, avons-nous le souvenir d'un seul cas, où le dit journaliste ou le dit journal ait exprimé quelque regret ? Non, bien sûr, cela porterait préjudice aux ventes. De telles erreurs peut bien découler le pire pour une nation, le journaliste s'en tirera toujours. Etant donné que l'on a besoin d'une information crédible et immédiate, il devient obligatoire d'avoir recours aux conjectures, aux rumeurs, aux suppositions pour remplir les trous, et rien de tout cela ne sera jamais réfuté ; ces mensonges s'installent dans la mémoire du lecteur. Combien de jugements hâtifs, irréfléchis, superficiels et trompeurs sont ainsi émis quotidiennement, jetant le trouble chez le lecteur, et le laissant ensuite à lui-même ? La presse peut jouer le rôle d'opinion publique, ou la tromper. De la sorte, on verra des terroristes peints sous les traits de héros, des secrets d'Etat touchant à la sécurité du pays divulgués sur la place publique, ou encore des intrusions sans vergogne dans l'intimité de personnes connues, en vertu du slogan : « tout le monde a le droit de tout savoir ». Mais c'est un slogan faux, fruit d'une époque fausse ; d'une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n'a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d'information. (...) Autre chose ne manquera pas de surprendre un observateur venu de l'Est totalitaire, avec sa presse rigoureusement univoque : on découvre un courant général d'idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d'esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d'intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d'une compétition mais d'une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant.

Sans qu'il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d'idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n'ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d'être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l'engouement à la mode. Sans qu'il y ait, comme à l'Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d'apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l'apparition d'un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux Etats-Unis, il m'est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes ... peut-être un professeur d'un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l'entendre, car les média n'allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux. (...)

Il est universellement admis que l'Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d'hommes à l'Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l'accusent de plus être au niveau de maturité requis par l'humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J'espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l'idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d'une telle alternative. (...) Mais si l'on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l'Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s'affaiblissent à l'Ouest, tandis qu'à l'Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d'anarchie, comme c'est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c'est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d'oppression, l'âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd'hui par les habitudes d'une société massifiée, forgées par l'invasion révoltante de publicités commerciales, par l'abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.

Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l'histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l'occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d'Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C'est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.

Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n'est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu'elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l'Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L'Ouest a continué à avancer d'un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s'est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l'erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l'époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l'humanisme rationaliste, ou l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et pratiquée de l'homme à l'encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d'anthropocentrisme : l'homme est vu au centre de tout.

Historiquement, il est probable que l'inflexion qui s'est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen Age en était venu naturellement à l'épuisement, en raison d'une répression intolérable de la nature charnelle de l'homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s'écartant de l'esprit, l'homme s'empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s'est proclamée notre guide, n'admettait pas l'existence d'un mal intrinsèque en l'homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d'atteindre le bonheur sur terre. Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l'adoration de l'homme et de ses besoins matériels.Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l'accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d'une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d'intérêt de l'Etat et du système social, comme si la vie n'avait pas un sens plus élevé. De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s'y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd'hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l'intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux.

Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l'homme individuels reposaient sur la croyance que l'homme est une créature de Dieu. C'est-à-dire que la liberté était accordée à l'individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l'héritage du siècle passé.

Toutes les limitations de cette sorte s'émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l'héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l'espace, du Progrès tant célébré n'ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n'aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle.

L'humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d'être utilisés d'abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que « le communisme est un humanisme naturalisé. » Il s'est avéré que ce jugement était loin d'être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d'un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l'égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n'est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l'Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. A première vue, il s'agit d'un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l'Ouest et de l'Est aujourd'hui ? Là est la logique du développement matérialiste. (...)

Je ne pense pas au cas d'une catastrophe amenée par une guerre mondiale, et aux changements qui pourraient en résulter pour la société. Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes. Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d'une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse.

Elle a fait de l'homme la mesure de toutes choses sur terre, l'homme imparfait, qui n'est jamais dénué d'orgueil, d'égoïsme, d'envie, de vanité, et tant d'autres défauts. Nous payons aujourd'hui les erreurs qui n'étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s'est enrichie, mais nous avons perdu l'idée d'une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité.

Nous avions placé trop d'espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu'on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l'Est, c'est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l'Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n'est même pas le fait du monde éclaté, c'est que les principaux morceaux en soient atteints d'une maladie analogue. Si l'homme, comme le déclare l'humanisme, n'était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n'en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d'acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l'accomplissement d'un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés.

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l'échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n'est pas possible que l'aune qui sert à mesurer de l'efficacité d'un président se limite à la question de combien d'argent l'on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d'un gazoduc. Ce n'est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l'humanité peut s'élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.

Quand bien même nous serait épargné d'être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu'est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l'homme est au-dessus de tout ? N'y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l'intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l'être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l'ère moderne.

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter ... toujours plus haut."

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978

9.12.09

La loi divine; le bien et le mal.

La loi Divine dont le chrétien est responsable, la loi de l'humanité immortelle est la loi de la liberté. Elle parle à ce qui est libre dans chaque homme. Elle ne parle qu'à ce qui est libre en lui.

Elle dit à l'homme: "Tu aimeras le Seigneur de tout ton coeur, de toutes tes forces, de tout ton esprit et par-dessus tout, et ton prochain comme toi-même pour l'amour de Dieu."

Traduisons: "Tu aimeras Dieu plus que tout et pour l'aimer, tu aimeras les hommes comme toi."

Pour le chrétien, il n'y a pas moyen d'aimer Dieu sans aimer l'humanité; il n'y a pas moyen d'aimer l'humanité sans aimer tous les hommes; il n'y a pas moyen d'aimer tous les hommes sans aimer les hommes qu'il connaît, d'un amour concret, d'un amour actif.

C'est cette loi à elle seule qui est la loi du bien et du mal. C'est elle qui trie pour l'humanité entre le bon et le mauvais.

Madeleine DELBRÊL (1904-1964)
(Manifeste du chrétien au monde athée)

Madeleine Delbrêl, née le 24 octobre 1904 à Mussidan en Dordogne et décédée le 13 octobre 1964, était une mystique chrétienne française, assistante sociale, essayiste et poétesse.

12.6.09

Année Saint Paul (4/4)

L'Eglise à proclamée cette année liturgique: l'année Saint Paul. En conséquence, ce blog souhaite vous faire découvrir quelques beaux extraits des lettres de cet apôtre.

"Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ? J'en ai la certitude: ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, ni les astres ni les cieux, ni les abîmes ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur."

Saint Paul (Lettre aux Romains, 8, 35a.38-39)

Paul de Tarse (à l'origine Saul) ou saint Paul pour les chrétiens (né v. 10 à Tarse, en Cilicie (auj. İçe, en Turquie) – mort v. 65 à Rome) est l'une des figures principales du christianisme, par le rôle qu'il a joué dans son expansion initiale, et par son interprétation de l'enseignement de Jésus. Selon le Nouveau Testament (livre des Actes des Apôtres et Épîtres de Paul), Paul se revendique comme l'un des apôtres de Jésus-Christ qui, quelques années après sa mort, sa résurrection et son ascension, lui serait apparu et l'aurait converti.

Il est fêté le 25 janvier, jour de sa conversion, et le 29 juin, jour de son martyre avec celui de Pierre.

Peinture : "L'apôtre Paul en prison" (Rembrandt)

31.1.09

Année Saint Paul (3/4)



L'Eglise à proclamée cette année liturgique: l'année Saint Paul. En conséquence, ce blog souhaite vous faire découvrir quelques beaux extraits des lettres de cet apôtre.

"Vivez sous la conduite de l'Esprit de Dieu. Voici ce que produit l'Esprit: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit."

Saint Paul (Lettre aux Galates, 5, 16-25)

Paul de Tarse (à l'origine Saul) ou saint Paul pour les chrétiens (né v. 10 à Tarse, en Cilicie (auj. İçe, en Turquie) – mort v. 65 à Rome) est l'une des figures principales du christianisme, par le rôle qu'il a joué dans son expansion initiale, et par son interprétation de l'enseignement de Jésus. Selon le Nouveau Testament (livre des Actes des Apôtres et Épîtres de Paul), Paul se revendique comme l'un des apôtres de Jésus-Christ qui, quelques années après sa mort, sa résurrection et son ascension, lui serait apparu et l'aurait converti.

Il est fêté le 25 janvier, jour de sa conversion, et le 29 juin, jour de son martyre avec celui de Pierre.

Peinture : "L'apôtre Paul en prison" (Rembrandt)

21.10.08

La grande lumière... (Rilke)

Seigneur, tu es le pauvre.

Tu es le pauvre, le dénué de tout, tu es la pierre qui roule sans trouver le repos, tu es le lépreux hideux dont on se détourne et qui rôde autour des villes avec son grelot.

Pas plus que le vent tu n'as de lieu et ta beauté cache mal que tu es nu et même le vêtement qu'un orphelin met en semaine est plus somptueux, car au moins il lui appartient.

Tu es un pauvre comme le besoin de naître d'un enfant dans une fille honteuse d'être mêre et qui serre son ventre au risque d'étouffer l'autre vie qu'elle porte et qui trésaille en elle.

Tu es pauvre comme une pluie printannière qui descend doucement sur les toits d'une ville et comme le seul voeu chéri d'un prisonnier au fond de sa cellule à jamais hors du monde.

Tu es pauvre comme les malades qui dans la nuit se retournent sans cesse et sont presque heureux et comme les fleurs entre les rails si tristes dans le vent confus des voyages et comme la main qui monte aux yeux pour cacher des larmes trop tristes.

Et que sont, devant toi, tous les oiseaux qui tremblent ? Qu'est-ce, devant toi, qu'un chien affamé ?

Qu'est-ce que pour toi la longue et silencieuse tristesse des bêtes abandonnées de tous dans la captivité ?

Et devant toi et ta misère, que sont tous les pauvres des asiles de nuit ? Ils ne sont que d'humbles cailloux, et pourtant comme la pierre de meule d'un moulin, ils donnent un peu de pain.

Mais toi tu es vraiment le pauvre, le dénué de tout, tu es le mendiant qui se cache la face; tu es la grande lumière de la pauvreté auprès de qui l'or semble terne.

Rainer Maria Rilke (1875 - 1926)

Rainer Maria Rilke (de son vrai nom René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke) est un poète autrichien, né le 4 décembre 1875 à Prague, mort le 30 décembre 1926 à Montreux, en Suisse. Il vécut à Veyras de 1921 à sa mort.

8.10.08

Année Saint Paul (2/4)

L'Eglise à proclammé cette année liturgique: l'année Saint Paul. En conséquence, ce blog souhaite vous faire découvrir quelques beaux extraits des lettres de cet apôtre.

"Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes."


Saint Paul (Lettre aux Philippiens, 2, 1-4)

Paul de Tarse (à l'origine Saül) ou saint Paul pour les chrétiens (né v. 10 à Tarse, en Cilicie (auj. İçe, en Turquie) – mort v. 65 à Rome) est l'une des figures principales du christianisme, par le rôle qu'il a joué dans son expansion initiale, et par son interprétation de l'enseignement de Jésus. Selon le Nouveau Testament (livre des Actes des Apôtres et Épîtres de Paul), Paul se revendique comme l'un des apôtres de Jésus-Christ qui, quelques années après sa mort, sa résurrection et son ascension, lui serait apparu et l'aurait converti.

Il est fêté le 25 janvier, jour de sa conversion, et le 29 juin, jour de son martyre avec celui de Pierre.

Peinture : "L'apôtre Paul en prison" (Rembrandt)

14.9.08

Année Saint Paul (1/4)

L'Eglise à proclammé cette année liturgique: l'année Saint Paul. En conséquence, ce blog souhaite vous faire découvrir quelques beaux extraits des lettres de cet apôtre.

"Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d'accord entre vous; n'ayez pas le goût des grandeurs , mais laissez-vous attirer par ce qui est simple."

Saint Paul (Lettre aux Romains, 12,14-16)


Paul de Tarse (à l'origine Saül) ou saint Paul pour les chrétiens (né v. 10 à Tarse, en Cilicie (auj. İçe, en Turquie) – mort v. 65 à Rome) est l'une des figures principales du christianisme, par le rôle qu'il a joué dans son expansion initiale, et par son interprétation de l'enseignement de Jésus. Selon le Nouveau Testament (livre des Actes des Apôtres et Épîtres de Paul), Paul se revendique comme l'un des apôtres de Jésus-Christ qui, quelques années après sa mort, sa résurrection et son ascension, lui serait apparu et l'aurait converti.

Il est fêté le 25 janvier, jour de sa conversion, et le 29 juin, jour de son martyre avec celui de Pierre.


Peinture : "L'apôtre Paul en prison" (Rembrandt)

5.12.07

Le Visiteur

En 1938, Freud s'exile à Londres. Dans sa pièce de théâtre "Le Visiteur", Eric-Emmanuel Schmitt imagine le moment où le psychanalyste, atteint d'un cancer, prend cette décision : un soir de drame où les nazis s'en prennent à sa fille.
Surgit alors le visiteur. Le doute persiste jusqu'à la fin du récit sur son identité. S'agit-il de Dieu, d'un ange, d'un fou?


Extrait:

- Le Visiteur:
"Ce siècle sera le siècle de toutes les pestes. Peste rouge, peste brune...Il y aura d'autres pestes, mais à l'origine le même virus. Celui qui t'empêche de croire en moi Sigmund: l'orgueil! Jamais l'orgueil n'aura été aussi loin. Il fut un temps où l'orgueil humain se contentait de défier Dieu, aujourd'hui il Le remplace. Il y a une part divine en l'homme, mais elle lui permet de nier Dieu...Le monde n'est que le produit du hasard, un entêtement de molécules et dans l'absence de tout maître c'est vous qui légiférez. Être le maître, jamais cette folie ne vous prendra le front comme en ce siècle. Maître de la nature, et vous souillerez la terre et noircirez les nuages. Maître de la matière et vous ferez trembler le monde...Maître de la vie et vous choisirez vos enfants sur catalogue...Au début, vous vous féliciterez d'avoir tué Dieu, mais un jeune homme, un soir de doute comme cet âge en connaît, demandera aux hommes autour de lui: "S'il vous plaît, quel est le sens de la vie?" Personne ne saura lui répondre."

(Eric-Emmanuel SCHMITT, Le Visiteur, 1993)

20.10.07

Chant de la Merci.

À tous ceux qui très loin sont captifs
Dans le silence ; aux âmes enchaînées
Par la longueur des muettes années
En nul ne sait quels abîmes plaintifs ;
À ceux dont l’ombre a tant de murs sur elle
Qu’ils n’ont jamais pu donner de nouvelle
De leur nuit noire aux gens qui sont dehors ;
Ceux pleins d’appels dont nulle voix ne sort,
Dont le secret cherche un mot qui l’emporte ;
Ceux dont le cœur bat sans trouver de porte,
À tous ceux-là - je ne sais pas combien -
Je viens. Je suis petit oiseau, je viens.
Je viens, je suis moucheron, un rien frêle.
Une aile. Et j’ouvre et je donne mon aile
Pour alléger leur épaule et mon chant
Pour délivrer mon âme à travers champs.
Je viens. J’ai pris dans leurs fers, à leur place,
Leur cœur en moi pour m’envoler avec.
Je suis le pleur jailli de leurs yeux secs,
Je souffre en eux, je lutte, je suis lasse,
J’ai faim. Je tremble en des rêves tout bas,
J’ai peur... Je suis ce que je ne suis pas,
Ce que je suis peut-être - jeune fille
Que le printemps entête et qui vacille
Avec ce cœur lourd de divin ennui
Qu’on ne peut pas porter seule - je suis
Celle blessée entre toutes qui pleure.
Et je serai les pauvres tout à l’heure.
Quand je suis eux je ne dors pas la nuit -
J’irai criant, pour qu’un cri nous soutienne,
Mes maux - les leurs - nos tâches, nos soucis
Avec leur bouche pauvre, pas la mienne.
Je serai vieille, veuve... morte aussi
Avec les morts. Je serai, quand la route
Fuit sous ses pieds, pâle, celui qui doute,
Tombe renversé dans le noir de Dieu
Et ne peut plus remonter au milieu
De ses dociles et douces prières.
Je serai lui - peut-être moi derrière,
Dans son abîme - Et peut-être, au bord bleu
Du Paradis, je serai sainte un peu
Pour ceux des saints emmêlés en ce monde
Les plus petits - dont la chantante foi
Veut s’envoler mais qui n’ont pas de voix.
Je viens, je suis, folle ou triste à la ronde,
Tous ceux qui sont...
Et quand je serai moi,
Moi toute seule, aride, sans génie,
Seule au lieu morne où la route est finie,
Seule au moment où le ciel obscurci
Ne s’ouvre plus ; quand, sans être entendue,
J’aurai ma voix et mes ailes perdues,
Déjà peut-être elles sont loin d’ici -
Quelqu’un viendra. Je l’attendrai dans l’ombre,
Un frère, un cœur entre les cœurs sans nombre,
Quelqu’un à moi viendra pour la Merci
Aider mon âme à se sauver aussi.

Marie Noël (Chants de la Merci, 1930)
Marie Noël, de son vrai nom Marie Rouget, est un poète et écrivain français, née le 16 février 1883 à Auxerre, décédée dans cette même ville le 23 décembre 1967.

10.9.07

L'Eternité (Ernest Hello)

Voilà un 1 qui désigne un siècle; faites le suivre d'une rangée de zéros... vous aurez 1 milliard, 10 milliards, 100 milliards; allongez la rangée, faites-la durer, faites-la courir une lieue de terrain; vous ne nommerez pas cette quantité, les chiffres seront depuis longtemps vaincus.
Il s'agit de siècles absolument innombrables. La rangée de zéros couvre une lieue; faites-la courir 1 000 lieues; l'imagination recule. Mais il y a des étoiles dont la lumière, à 75 000 lieues par seconde, ne nous est pas encore parvenue depuis 6 000 ans.
Faites couvrir cet espace innomé par la rangée des zéros...; multipliez ce chiffre par lui-même autant de fois qu'il y a de feuilles dans les arbres, autant de fois qu'il y en a eu depuis la création du monde.

L'Eternité commence-t-elle?
- Pas encore!

Tout cela c'est le Temps, et elle lui dit dans son langage:

"Qu'y a-t-il de commun entre toi et moi?"


Ernest Hello (1828-1885)

(1 lieue = 4,5 km)